Espace Saint-Mengold / Période de résidence du 14 au 27 octobre 2012 / Julie Bougard

Rencontre avec Julie Bougard suite à ses 15 jours de recherche dans L’Espace Saint-Mengold en octobre 2012.


6 octobre

Julie a choisi de partager son expérience avec l’équipe du Pôle de Recherche, le dernier jour de sa résidence. Les artistes peuvent choisir de clôturer leur période de travail par un échange avec un public choisi ou simplement avec l’équipe du Pôle.

Après 15 jours, Julie estimait ne pas avoir été assez immergée et être encore trop confuse pour avoir un échange avec un public extérieur. Gabriella Koutchoumova, Justine Dandoy, Guillame Dendeau et Fré Werbrouck sont présents.

Quelques notes sur l’échange :

Julie compare l’espace de l’église à une page blanche.

Elle commence par emplir son espace d’idées.

Il y a les idées et il y a elle. Elle se demande si elle met dans son travail trop ou pas assez d’elle-même.

Elle dit la nécessité pour elle de travailler sur quelque chose de concret pour ensuite jeter, il faut une matière sinon c’est le vide. Elle travaille longtemps sur une bande son puis jette tout, mais cela soulève des questions.

Elle cherche sur les masques, les couches, le double. Sur le nu aussi.

La question de la possibilité d’être en recherche sans créer ni produire se pose.

Elle parle d’autres questions qui l’ont habité. C’est quoi créer pour moi ? De quoi ai-je envie ? Qu’est-ce qui m’anime ? Qu’est-ce que je veux dire, de manière très globale, en-dehors d’un projet ?

Elle dit que ce temps donné dans l’église est bénéfique et rare et se demande comment prendre des temps de travail qui remuent les fondements à l’intérieur de son quotidien.

Extrait du texte de Julie Bougard suite à la période de recherche:

7 novembre  

Je débarque le lundi 15 octobre à Huy, sous les nuages des centrales, et je me dis « Nom d´un chien, qu´est ce que je viens faire ici ? J´espère juste qu´il n´y aura pas de catastrophes nucléaires… ». Je ne me doutais pas que les catastrophes allaient se produire dans mon cerveau et non chez Electrabel.

Me voilà installée dans cette magnifique église de Saint-Mengold. Le lieu est tout à fait propice à la recherche, son espace vide mais chargé d´histoire, ouvert mais intime, un espace très grand avec de la belle lumière, un petit jardin, et en plus en plein centre ville, bref la grande classe !


Je débarque avec des valises pleines d´idées et de choses à mettre en place, à essayer, des idées à confirmer, des scènes à monter. Je commence mon travail et, après deux jours, je me rends compte que ça ne va pas être si facile…Je suis seule face à moi-même, face à ma seule motivation et la page blanche commence tout doucement à pointer son nez. Cette page blanche finira par m´être salutaire…

Le fait d´être face à moi-même dans cet espace m´a permis de doucement et lentement lâcher prise, lâcher les idées préconçues que je m´étais moi-même imposées. J´ai remis en question les fondements même du projet pour lequel j´avais demandé cette résidence, et au bout de deux semaines il avait perdu beaucoup de son sens.

Est-ce une bonne chose ou pas ? Je n´en sais rien. Par contre, le trajet mental et intellectuel par lequel je suis passée était essentiel pour la suite de mon approche artistique.

Je ne suis pas restée assez longtemps à Saint-Mengold, je commençais juste à percevoir quelque chose de nouveau quand j´ai dû plier bagages et j´espère que je pourrai bénéficier d´une autre occasion pour laisser mon esprit chavirer librement.

Oui, cet espace de réflexion du Pôle de recherche est très puissant et j´envie les prochains créateurs qui pourront en bénéficier.

L’un des points forts de ce Pôle est l´échange que Gabriella instaure et même « oblige » aux artistes. Au début je me demandais ce qu´elle me voulait… La seule chose que moi je désirais c´était qu´on me foute la paix et que je ne doive pas rendre de compte. Et bien je remercie Gabriella d´avoir insisté et d´avoir tenu son rôle de « coach » avec une tête dure.

Oui, au début ces échanges me paraissaient assez futiles, mais en fin de compte, le fait de devoir verbaliser mes étapes de recherche m´a permis de les comprendre mieux et de les intégrer. 

Je suis sortie de cette église grandie, car cet endroit a été l´écho de ma personne. Je sors de cette recherche en commençant à redécouvrir ce qui m´anime et me fait encore et toujours créer, même dans les conditions détestables que nous connaissons. J´ai pu faire enfin face à cette page blanche et me dire, enfin elle est presque blanche, allez, faut encore enlever des choses dessus… Mais quel boulot !

Je n´y suis pas encore et je crains que les aléas de la vie quotidienne et des revers de notre métier ne recommencent à remplir la page… Le processus de bourrage a déjà commencé… Il faut que je fasse preuve d´une grande vigilance envers moi-même…

Allez au boulot !

Notes suite à l’entrevue de Julie Bougard et Gabriella Koutchoumova 

Janvier 2013

Avec un peu de recul, Julie porte un regard sur sa résidence d’octobre passé. Elle relève l’importance du travail à portes fermées et dans la solitude. Cette solitude a été fondatrice. S’isoler et se retirer du monde un moment permet de se retrouver face à soi, hors de toute influence. Une retraite. C’est rare de s’accorder cela.

Elle distingue l’importance de travailler sur l’immatériel. De travailler sans but précis, sans matière à trouver absolument.

Sa résidence à Huy lui a permis une ouverture et une nouvelle conscience de sa démarche artistique pour aller vers la création. Elle désire maintenant avancer sur un nouveau projet de spectacle. La deuxième période de recherche envisagée auparavant pour palier au fait qu’elle n’a pu bénéficier que de 15 jours au lieu d’un mois de résidence (à cause de soucis de calendrier) n’aura donc pas lieu.